Kaili Blues

Où est Wei-Wei ?

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Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur chinois Gan Bi, tout juste 30 ans, frappe un grand coup. Entre l’originalité du propos et l’incroyable maîtrise de sa mise en scène, il nous offre (car c’est un cadeau), un film unique, aussi innovant que fascinant. Chen est médecin dans une petite clinique de Kaili, ville brumeuse et humide de la province subtropicale du Guizhou. Il a perdu sa femme lorsqu’il était en prison pour avoir servi dans les triades. Aujourd’hui, il s’occupe de Weiwei, son neveu, qu’il aimerait adopter. Lorsqu’il apprend que son frère a vendu Weiwei, Chen décide de partir à sa recherche. Sur la route, il traverse un village étrange nommé Dangmai, où le temps n’est plus linéaire. Là, il retrouve des fantômes du passé et aperçoit son futur… Il est difficile de savoir si ce monde est le produit de sa mémoire, ou s’il fait simplement partie du rêve de ce monde. Ce film tient du sortilège, il vous envoûte durant 110 minutes et même bien après votre sortie de la salle. Un petit miracle !

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Durant sa lecture du Sūtra du Diamant, le cinéaste a été marqué par une phrase : L’esprit passé est inatteignable, l’esprit présent est inatteignable et l’esprit futur est inatteignable. Cette affirmation lui a donné  l’envie d’y donner sa propre interprétation. Pour ce faire, il s’est inspiré de la vie de son oncle, qui joue d’ailleurs un des principaux rôles, une vie riche et complexe : il a travaillé pour les triades, a géré une maison de jeu à Myanmar, est allé en prison… Maintenant il travaille dans une usine, il mène une vie solitaire et sans histoire, mais ce passé tumultueux lui confère une aura impénétrable. La scène en plan-séquence de 41 minutes de traversée d’un village qui a été tournée avec un appareil photo, est évidemment le sommet de ce rébus méditatif. Ce fabuleux plan a été filmé par le directeur de la photographie, juché sur une moto, afin de mieux suivre les acteurs. Etrange, lumineux, hors de toute pesanteur, ce film glisse comme un rêve insaisissable et merveilleux.

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À deux exceptions près, Guo Yue et Yu Shixue, tous les acteurs du film sont des non-professionnels. Mais Feiyang Luo, Lixun Xie, Yongzhong Chen et les autres sont en tout point remarquables. Car en plus de sa virtuosité technique, Gan Bi se révèle un fameux directeur d’acteur. Il est considéré comme l’avenir du 7ème Art de son pays. Son Kaili Blues a été très remarqué au Festival du film de Locarno 2015 où il a remporté le Prix du meilleur réalisateur. Amateur de cinéma, ne ratez sous aucun prétexte cette plongée dans une Chine profonde et énigmatique qui fait penser au maître avoué du jeune réalisateur, Hou Hsiao-Hsien. Quelle référence !

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