No land’s song

Le parcours d’une combattante

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Sara Najafi a eu l’idée en 2009 de contourner la loi interdisant, en Iran, aux femmes de chanter sur scène devant un public composé d’hommes, en organisant un concert officiel de chanteuses filmé par son frère Ayat Najafi. En Iran, depuis la révolution de 1979, les femmes n’ont plus le droit de chanter en public en tant que solistes. Une jeune compositrice, Sara Najafi, avec l’aide de trois artistes venues de France (Elise Caron, Jeanne Cherhal et Emel Mathlouthi), va braver censure et tabous pour tenter d’organiser un concert de chanteuses solo. 95 minutes de documentaire musical absolument passionnantes, pendant lesquelles le spectateur balance sans arrêt entre le fou rire, la stupeur et l’émotion. Il faut voir ce film pour comprendre dans quel monde vivent certains de nos contemporains, pour appréhender à quelle portion congrue sont réduits le droit des femmes, pour mesurer jusqu’à quelles limites peut pousser l’intégrisme aveugle et la bêtise quand elle est provoquée par une religion extrémiste. D’utilité publique et d’une qualité musicale rare. Trop peu distribué à mon goût, trouvez la bonne salle et rendez hommage à cette magnifique leçon de courage et de colère obstinée.  

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Sara Najafi est habituée à travailler avec la censure ; elle monte également des pièces de théâtre à Téhéran et s’attache dans son travail à composer avec les contraintes auxquelles elle est régulièrement confrontée pour mieux les déjouer. C’est pourquoi le concert qu’elle tente d’organiser doit être avalisé par les autorités iraniennes. Outre la préparation musicale de cette représentation, on suit pas à pas, et ce durant plusieurs années, les efforts et les démarches administratives de Sara. Les sommets de la bêtise bureaucratique religieuse aveugle sont atteints par les entrevues (non filmées, censure oblige,) enregistrées avec un micro caché, dans le Ministère de la Culture (?) et également les arguments développés par un imam ahurissant de perversité et de mauvaise foi… un comble ! Un moment salutaire ou, quand la musique peut renverser toutes les barrières !

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Sara Najafi, est passionnée de musique depuis sa plus tendre enfance. Musicienne de talent, elle est la première femme diplômée en composition d’Iran. Elle est entourée d’une bande de musiciens et musiciennes Parvin Namazi, Elise Caron, Jeanne Chéral, Sayeh Sodeyfi, Emel Mathlouthi, qui vont oser, au nom de la liberté d’expression, se mettre en danger pour réaliser un rêve fou. Un premier concert avait été prévu en mai 2013 mais a dû être annulé au dernier moment, les visas des artistes devant se rendre en Iran ayant été refusés. Le second concert a été programmé en septembre de la même année ; jusqu’à la veille du départ, sans visa et en raison d’un contexte politique troublé, le départ des artistes était incertain. Malgré les interdictions de promotion du concert, 300 personnes dont l’ambassadeur de France et son équipe composaient le public de l’Opéra de Téhéran. Rien n’a été relayé du concert après coup par les autorités. Vous ne serez donc pas étonnés si je vous dis que No Land’s Song n’a pour le moment aucune sortie officielle prévue en Iran. Ce qui n’empêche pas Sara Najafi d’espérer une diffusion plus alternative voire illégale du documentaire, afin que les Iraniens y aient à leur tour accès. Ce concert est évidemment, comme le dit une des protagonistes, une goutte d’eau dans l’océan, mais pour nous, au delà du récit tragi-comique, il reste aussi des instants de musique enthousiasmants.

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