El Clan

Bon père de famille

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Si je cite des titres comme Elefante Bianco ou Carancho, les amateurs de grand cinéma, et pas seulement de cinéma argentin, penseront au réalisateur Pablo Trapero, un des plus doués de sa génération. Cette fois, son thriller familial a été primé à Venise, Lion d’Argent de la mise en scène, et en Espagne avec le Goya du meilleur film étranger. Dans l’Argentine du début des années quatre-vingt, un clan machiavélique, auteur de kidnappings et de meurtres, vit dans un quartier tranquille de Buenos Aires sous l’apparence d’une famille ordinaire. Le patriarche, dirige et planifie les opérations. Il contraint son fils aîné et star du rugby, à lui fournir des candidats au kidnapping. Il évolue au prestigieux club LE CASI et dans la mythique équipe nationale, LOS PUMAS. Il est ainsi, par sa popularité, protégé de tous soupçons. 110 minutes d’une tragi-comédie glaçante qui évoque les derniers feux de la dictature argentine.

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El Clan s’inspire de « l’affaire Puccio » et se centre sur les quatre enlèvements les plus connus perpétrés par la célèbre famille criminelle Puccio à Buenos Aires entre 1982 et 1985. Ces enlèvements, qui ont donné lieu à l’assassinat des victimes malgré le paiement des rançons, ont été commis par un père de famille, Arquimedes Puccio, avec la complicité de toute sa famille… Cet homme travaillait pour les services de renseignements militaires et fut mis au « chômage technique » par la fin de la dictature en 1983. C’est à ce moment qu’il a commencé à planifier des enlèvements. Une des raisons ayant rendu cette affaire célèbre provient du milieu très aisé de cette famille criminelle… Quand on pense que tout cela est vrai ! Aucun scénariste au monde n’aurait osé imaginer une histoire pareille. Oser un film sur les activités criminelles d’une famille dysfonctionnelle paraît être un pari fou. Trapero, s’est passionné pour la pathologie meurtrière d’un homme qui tente de préserver sa petite entreprise du crime, en la transformant en farce noire et violente d’une efficacité redoutable. Comme c’est un virtuose de la mise en image, sans oublier une formidable bande-son, on passe un moment rare pris entre l’incrédulité et l’horreur. On pourra simplement regretter que le film évacue un peu trop vite l’indécence d’un système qui a pu amener à de tels agissements. En résumé ce thriller fort, déroutant et perturbant, servi par une mise en scène nerveuse et un récit elliptique, ne prend pas assez pari politiquement. Mais, le reproche est minime par rapport à la qualité de cette production hors du commun.

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Guillermo Francella, magnétique et glaçant, est un acteur majuscule. Sa fabuleuse composition de criminel du quotidien vaut à elle seule d’aller voir ce film.  Peter Lanzan, Lili Popovich, Giselle Motta, Franco Masini, Stefania Koessl, Gaston Cocchiarale, Antonia Bengoeschea, sont tous au diapason du pater familias de l’horreur. Un casting sans faille au service d’un scénario ahurissant et d’une mise en scène parfaite… que demander de plus ? Le film a très bien marché en Argentine depuis sa sortie le 13 août 2015 puisqu’il a attiré deux millions et demi de spectateurs dans les salles obscures (ce qui est plus que Mission Impossible Rogue Nation... !

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