Les chevaliers blancs

Oui, et alors…?

chevalier

En 2012, Joachim Lafosse avait réalisé un drame intimiste troublant, A perdre la raison. Il s’est intéressé cette fois à l’affaire de l’Arche de Zoé survenue en 2007 et qui mit à mal les relations diplomatiques de la France avec le Tchad. Une association humanitaire française avait en effet tenté de faire sortir une centaine d’enfants prétendus orphelins du Tchad dans le but de les faire adopter sur notre territoire. Les principaux responsables de cette exfiltration, Eric Breteau et Emilie Lelouch, encourent actuellement une peine de trois ans de prison dont deux ferme. D’où le pitch qui suit : Jacques Arnault, président de l’ONG « Move for kids », a convaincu des familles françaises en mal d’adoption de financer une opération d’exfiltration d’orphelins d’un pays d’Afrique dévasté par la guerre. Entouré d’une équipe de bénévoles dévoués à sa cause, il a un mois pour trouver 300 enfants en bas âge et les ramener en France. Mais pour réussir, il doit persuader ses interlocuteurs africains et les chefs de village qu’il va installer un orphelinat et assurer un avenir sur place à ces jeunes victimes de guerre, dissimulant le but ultime de son expédition… Il est toujours difficile de prendre parti dans une affaire toujours en cours et sur laquelle toute la vérité est loin d’être faite. Pour moi, c’est le principal handicap que ce bon film, par bien des aspects, traîne comme un boulet.chevaliers blancs

Ces 112 minutes construites sur le thème de l’enfer pavé de bonnes intentions, sont tout à fait passionnantes, bien filmées et parfaitement interprétées. Loin des huis-clos que le réalisateur belge affectionne, ce film tourné en plein désert marocain est tourné vers l’aventure et le mouvement, tout en posant les questions complexes du droit d’ingérence et de la limite entre bien et mal. Que le propos ne soit pas objectif est une évidence, ce n’est pas une enquête journalistique, il s’agit avant tout d’une fiction. Mais, je l’ai dit, le fait que cette affaire ne soit ni dénouée ni même jugée reste un handicap. Je suis incapable après la projection de dire quel est véritablement le point de vue des scénaristes. On nous dit que ce drame avait pour ambition de faire émerger une certaine vérité tout au long du processus de création de ce film. Une question se pose : oui, mais laquelle ? Je pense qu’à force de neutralité, le message ne passe pas ou est, à tout le moins, très confus.

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Vincent Lindon, toujours aussi fascinant de charisme, tient là un magnifique personnage, avec toutes les contradictions de l’occidental généreux, allant jusqu’à abuser de sa bonne foi pour « sauver le monde », son monde. A ses côtés, Louise Bourgoin, Valérie Donzelli, Reda Kateb, Yannick Rénier et Philippe Rebbot apportent beaucoup de force et de densité à cette aventure hors du commun. Tout le casting sonne juste et fait ressentir toute l’ambivalence d’un combat qui dépasse totalement ces amateurs de l’humanitaire. Le film ne convainc pas car l’intrigue est trop nébuleuse et le propos pas assez dérangeant pour passionner vraiment. Un sujet en or qui aura dépassé, voire effrayé Joachim Lafosse et ses scénaristes. Dommage !

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