Les premiers, les derniers.

Western beauceron

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J’adore Bouli Lanners l’acteur, mais, décidément j’aime aussi le scénariste/réalisateur qu’il est devenu. J’avais déjà apprécié en 2011 son film Les Géants. Il récidive avec ces 98 minutes de thriller dramatique où l’originalité et le talent font très bon ménage. Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale. Et si c’était la fin du monde ? Dans cette petite ville perdue où tout le monde échoue, retrouveront-ils ce que la nature humaine a de meilleur ? Ce sont peut-être les derniers hommes, mais ils ne sont pas très différents des premiers. Une incroyable galerie de portraits de cabossés de la vie réunis dans un no man’s land au cœur d’une France oubliée. Pour moi, du « jamais-vu » passionnant et décalé.

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C’est à partir de l’image de l’installation d’un futur monorail qui n’a jamais vu le jour, abandonnée en pleine Beauce, que Lanners a eu envie d’écrire l’histoire de deux personnages très marginalisés socialement qui errent en suivant une trajectoire rectiligne, échappant ainsi à toute logique géographique classique. Grâce au travail génial de son chef opérateur attitré Jean-Paul De Zaeytijd, qui a créé une image noire, crépusculaire, âpre, avec des intérieurs confinés et sombres et des extérieurs très froids, l’histoire plonge les personnages dans un milieu hostile, quasi désert, où les hommes s’affrontent en permanence, une sorte de zone de non-droit comme on en retrouve tant dans le western traditionnel. Ici, pas de chevaux, mais des 4X4, de la boue, des armes, des chasseurs de primes, des hors-la-loi, un saloon, de grandes étendues, des règlements de compte… tous les ingrédients du western sont réunis. Voilà un récit plus que ténébreux où, pourtant, apparaissent en permanence des lueurs d’espoir. Les personnages plus que décalés que rencontre le duo de « héros », sont étranges, parfois à la limite de l’absurde, mais l’histoire tient en haleine, le suspens est bien mené, et l’interprétation hors pair.

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Albert Dupontel et Bouli Lanners, sont nos chasseurs de primes modernes, souvent aussi dépassés par les événements que perdus dans les immensités beauceronnes. Suzanne Clément, l’égérie de Xavier Dolan, est la seule touche féminine sensuelle et bienvenue de ce film d’hommes. L’excellent Philippe Rebbot, le duo d’anciens Michael Lonsdale/Max Von Sidow, qui apportent leur touche tragi-comique, Serge Riaboukine, Lionel Abelanski, et enfin le couple de déracinés David Murgia et Aurore Broutin, tous, sont formidables et donnent tout son prix à ce film où l’on peut voir un mélange improbable de Tarentino et de Bruno Dumont. Une fable humaniste, contemplative, crépusculaire, à la limite du surréalisme. Moi j’adore… et vous ?

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