La fille du patron

Au cœur de l’entreprise

La fille

Olivier Loustau, acteur fétiche d’Abdellatif Kechiche, se lance avec ce drame dans l’écriture et la réalisation. Vital, 40 ans, travaille comme chef d’atelier dans une usine textile. Il est choisi comme « cobaye » par Alix, 25 ans, venue réaliser une étude ergonomique dans l’entreprise de son père sous couvert d’anonymat. La fille du patron est rapidement sous le charme de cet ouvrier réservé et secret qui s’ouvre peu à peu à son contact et se met à rêver d’une autre vie…  Beaucoup de thèmes s’entrelacent dans ce film : la différence d’âge entre amants, la lutte des classes, la crise économique, mais le scénario est habile et on y croit de bout en bout. Il y a certes, quelques maladresses, quelques longueurs, mais on sort heureux de cette projection… alors que demander de plus ?

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Ces 98 minutes parlent de la classe ouvrière autrement. En n’évoquant pas uniquement les fermetures d’usine et les grèves, Loustau a cherché d’autres chemins pour traduire la contestation propre à cette classe, il a voulu passer par le sport et par exemple le refus de l’équipe de jouer la finale de rugby sous les couleurs du patron. Il a aussi choisi de tourner en été pour éviter la grisaille du quotidien et ainsi apporter du réalisme poétique et faire passer la chaleur humaine. Il a aussi installé ses caméras dans une usine moderne avec des machines puissantes et graphiques. Il a ainsi pu représenter les classes populaires de manière vivante, sans pathos, ni misérabilisme. Dernier choix intéressant et loin d’être anodin, le rugby, parce qu’il véhicule des valeurs de sacrifice, de solidarité et de courage que je trouvais très appropriées pour représenter le milieu ouvrier et exprimer son combat pour la dignité. Lucide et lumineux, un drame social qui n’engendre pas la mélancolie.

la fille du

Christa Théret, fragile et sûre d’elle à la fois confirme ici qu’elle est une des jeunes étoiles montantes de notre cinéma. Olivier Loustau est donc partout, devant et derrière la caméra et même à l’écriture. Comme acteur, il émane de lui une sorte de force animale et tranquille qui a du lui servir également pour réaliser ce premier film parfaitement honorable.  Florence Thomassin et Patrick Descamps complètent la distribution avec une foule de seconds rôles tous aussi bien campés les uns que les autres et tenus par des amateurs, qui sont de vrais ouvriers. Chapeau, car ils sont tous très justes et parfaitement crédibles. Allez voir ce film modeste mais authentique. Une des bonnes surprises françaises de ce début d’année.

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Une réponse à “La fille du patron

  1. C’est peut-être la première fois que je vois une représentation crédible et non caricaturale du monde de l’entreprise ( que je connais bien ) pas de complaisance larmoyante , juste les difficultés habituelles , même l’accident du travail y est relaté sans pathos superflu
    Excellent film intelligent , interpelant sans excès et très très bien joué , ce sont de « vrais » salariés et joueurs de rugby , on y croit d’un bout à l’autre , si on oublie l’épisode , assez moyen , consultante/fille du patron/maîtresse du chef d’atelier !…mais il fallait bien romancer qqch ….

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