Les Cowboys

Cruellement dans l’air du temps

Les cow

Scénariste primé pour les trois derniers longs métrages de Jacques Audiard (Un prophète, De rouille et d’os et Dheepan), Thomas Bidegain réalise ici son premier film. Et il met dans le mille d’entrée de jeu avec ce film fort et original. Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’œil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu’il traîne avec lui dans cette quête sans fin.105 minutes bien écrites, habilement montées tout en ellipses et mises en scène et qui bénéficient d’une interprétation sans faille. Prenant et utile.

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Le Basque Thomas Bidegain a toujours adoré les westerns et c’est pour cette raison qu’il a voulu utiliser les codes de ce genre pour son premier film. C’est de ce penchant qu’est née l’une des idées principales du film, à savoir que les membres de cette communauté country se prennent pour des cowboys et voient les Arabes comme des Indiens… L’idée de faire débuter le film en 1994 s’est imposée d’emblée parce qu’en se documentant sur la période, réalisateur/scénariste  a remarqué que les premières manifestations du mouvement djihadiste remontaient au début des années 90. Le film raconte en quelque sorte l’histoire de gens simples projetés dans la grande histoire. C’est dans cette optique que les attentats commis par Al-Qaïda rythment les différents épisodes du récit. Toujours dans l’optique western, Thomas Bidegain tenait à ce que l’aventure arrive à des gens qui vivent à la campagne, avec des montagnes en arrière-plan. Lui et son équipe ont donc choisi de tourner entre Lyon et Chambéry pour le côté Wyoming français de l’endroit. Un des points forts du film est qu’ il ne porte aucun jugement de valeur sur les personnages. Le spectateur est laissé libre dans sa propre appréciation des tenants et aboutissants de ce drame géopolitique.

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François Damiens est ici utilisé dans un registre nouveau, celui d’un homme autoritaire, inflexible qui refuse le statut de victime. Je l’ai déjà écrit dans de précédentes chroniques, Damiens a tout d’un grand acteur. Il sait tout faire. Finnegan Oldfield, lumineux, campe un personnage timide et réservé que les événements vont obliger à s’affirmer. Une vraie révélation. On citera encore John C.Reilly, Agathe Dronne, Ellora Torchia, qui complètent fort bien une distribution parfaite pour ce film qui a reçu le Prix Michel D’Ornano à Deauville. Une œuvre tendue, poignante, ambitieuse et bourrée de qualités. On ne regrettera que le happy end un peu convenu qui affaiblit sans doute le propos. Mais pour un premier film : chapeau !

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