Une histoire de fou

Quand l’Histoire tutoie l’actualité.

Une Histoire de

On suit avec passion depuis longtemps le cinéma engagé et militant de Robert Guédiguian. Cette fois, c’est sa fibre arménienne qui est à l’origine de ce scénario qui même habilement l’Histoire et le mélo. Un film dense, dans lequel il y a à boire et à manger. Berlin 1921, le principal responsable du génocide Arménien est exécuté par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, il témoigne du premier génocide du XXème siècle tant et si bien que le jury populaire l’acquitte. Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé. Aram, en fuite, rejoint l’armée de libération de l’Arménie à Beyrouth. Avec ses camarades, jeunes arméniens du monde entier, il pense qu’il faut recourir à la lutte armée pour que le génocide soit reconnu et que la terre de leurs grands-parents leur soit rendue. Gilles, qui a perdu l’usage de ses jambes dans l’attentat, voit sa vie brisée. Il ne savait même pas que l’Arménie existait lorsqu’Anouch, la mère d’Aram, fait irruption dans sa chambre d’hôpital… La signification du titre est à chercher dans la folie des génocides. Le film comporte bien évidemment une visée idéologique pour la reconnaissance du génocide arménien, qui est malheureusement encore trop souvent ignoré dans plusieurs pays… mais pas seulement, car Guédiguian va bien au-delà en nous racontant l’histoire d’une famille et tente d’analyser les conséquences du terrorisme aveugle. 134 minutes très fortes et, hélas, cruellement d’actualité.

Une hsitoire de fou

Ce que voulait Guédiguian, c’était se pencher sur cent ans d’histoire, autrement dit le génocide et ses conséquences, ce qu’il a produit sur plusieurs générations. C’est suite à sa rencontre avec l’écrivain Jose Antonio Gurriaran, à l’occasion de la présentation de son livre La Bombe qui raconte son histoire, qu’il a décidé de faire le film. Le génocide arménien est le plus ancien des génocides et c’est en partie pour cette raison que la mémoire de ces évènements nous est si rarement rappelée. C’est par le biais de la fiction qu’on a choisi de traiter ce sujet et non par le documentaire. Le réalisateur a opté pour la fiction parce qu’il dit ne pas maîtriser le genre documentaire. De plus, la fiction permet d’universaliser le propos auprès des gens. Elle possède ainsi un pouvoir d’impact plus fort. Mais on y trouve également une histoire de famille, de diaspora, de culture déracinée sur tout un siècle. Tourné à Marseille, en Arménie et à Beyrouth, cet excellent film ose aller de la fresque au cinéma intimiste. L’émotion est là et en évitant tout manichéisme, une part de vérité se dévoile. Guédiguian est un écorché vif, mais c’est aussi un sacré cinéaste.

Une histoire

La distribution est remarquable et fort bien dirigée. Le couple Simon Abkarian / Ariane Ascaride est poignant de justesse et de sobriété. Grégoire Leprince-Ringuet, sur lequel j’émets généralement des réserves, m’a beaucoup plus convaincu cette fois. Syrus Shahidi et Razzane Jamal complètent parfaitement le haut de l’affiche de ce moment rare de cinéma. La musique d’Alexandre Desplats nous fait partager toute l’émotion de ce film lourd et pourtant porteur d’espoir. Une œuvre qui parle de justice, de vengeance mais aussi des vertus du pardon, Un drame lyrique sur le devoir de mémoire qui résonne douloureusement dans la période que nous traversons.

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