L’Hermine

Justice est faite

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Depuis 1990 et La Discrète (avec déjà Fabrice Luchini) et en passant par Les Saveurs du Palais, Christian Vincent a parcouru un sacré chemin. Mais, c’est à 60 ans, avec cette comédie dramatique, qu’il touche un sommet couronné par deux prix à la Mostra de Venise, Meilleur scénario et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine. Et ce n’est pas un hasard. Michel Racine est un Président de Cour d’Assises redouté. Aussi dur avec lui qu’avec les autres, on l’appelle  » le Président à deux chiffres « … avec lui, on en prend toujours pour plus de dix ans. Tout bascule le jour où Racine retrouve Ditte Lorensen-Coteret. Elle fait parti du jury qui va devoir juger un homme accusé d’homicide. Six ans auparavant, Racine a aimé cette femme. Presque en secret. Peut-être la seule femme qu’il ait jamais aimée… Tout est original dans ces 98 minutes, l’histoire bien sûr, les dialogues ciselés, le cadre choisi et la manière de n’offrir finalement aucune clé, aucune réponse à toutes les questions que le spectateur ne peut manquer de se poser durant ce vrai beau moment de cinéma français.

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L’aspect documentaire sur le fonctionnement de la Justice française n’est pas, ici, le moins passionnant. Le réalisateur a beaucoup travaillé cette facette en se rendant au tribunal de Bobigny pour assister à un procès où quatre jeunes hommes étaient accusés de viol en réunion… il raconte : Malgré le huis clos, avec l’accord des parties, j’ai pu assister au procès « côté cour » comme n’importe quel élève magistrat. A chaque suspension de séance, j’accompagnais le Président, ses deux juges assesseurs, sa greffière et les neuf jurés dans ce que l’on peut appeler les coulisses. J’ai vu les jurés poser des questions aux magistrats, faire connaissance les uns avec les autres, parler entre eux de ce qu’ils avaient entendu. J’ai vu des magistrats attentifs à leurs demandes, répondant à chacune de leurs questions, tout cela pendant cinq jours… Et puis j’ai immédiatement renouvelé l’expérience, à la Cour d’Assises de Paris cette fois-ci. Un jeune homme était accusé d’avoir égorgé son amant. A partir de là, je pouvais commencer à écrire. J’avais les éléments qui me permettaient de le faire. Pour que le film soit juste, il fallait que la partie documentaire le soit. Christian Vincent  a ainsi remarqué à quel point une salle d’audience s’apparente à un théâtre, avec son public, ses acteurs, sa dramaturgie et ses coulisses. Ici, le Président est un homme proche de la retraite, respecté et craint au Palais de Justice, mais méprisé et ignoré à son domicile. La réapparition inopinée d’une femme aimée en secret va bouleverser les certitudes de ce solitaire amer et désabusé. Il y a donc deux histoires qui se croisent avec une virtuosité étonnante. On se passionne pour  tous les personnages qui ont une vraie profondeur avec tous ses seconds rôles admirablement tenus et qui représentent la France profonde qui se mêle dans le creuset de ce Palais de Justice : où toutes les paroles se croisent, où toutes les cultures cohabitent et où toutes les classes sociales se frottent. Le contraire de l’entre soi. La double histoire, le documentaire, le film social… une œuvre ambitieuse qui brasse très large et atteint parfaitement ses objectifs.

« L’Hermine » un film de Christian Vincent

Quant à l’interprétation, c’est du très haut niveau ! Fabrice Luchini, quand il ne se laisse pas  aller à ses travers cabotins habituels (que j’adore au demeurant… qu’est-ce que vous voulez, je suis client) est un formidable comédien. Il le prouve… et comment !, encore une fois avec ce personnage complexe, multiple aussi irritant qu’attachant. Un tour de force justement récompensé à Venise. Sidse Babett Knudsen, pour son premier tournage en France, est une véritable révélation, elle est solaire et illumine le film de sa présence tranquille. L’étourdissante Corinne Maserio fait son numéro habituel de picarde râleuse… mais on ne s’en lasse pas. Eva Lallier, ébouriffante jeune comédienne, et tous les autres sont à l’unisson du haut de l’affiche, c’est à dire parfaits, sobres et justes. Un magistral bijou d’intelligence à ne rater sous aucun prétexte !

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3 réponses à “L’Hermine

  1. Cela donne envie. Merci.

  2. Ce film est vraiment très beau !
    Et l’on retrouve toute la verve de son réalisateur, avec, vers la fin, le plus beau et le plus touchant compliment qu’un homme peut dire à une femme.

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