Un Français

Rédemption d’un salaud

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Diastème, de son vrai nom Patrick Asté, est un artiste touche-à-tout, surdoué. C’est ici son deuxième film en tant que réalisateur et il en a aussi écrit le scénario. Et le moins qu’on puisse en dire, c’est que ces 108 minutes ne laissent pas indifférents.  Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l’extrême droite. Jusqu’au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l’abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu’on a en soi ? C’est le parcours d’un salaud qui va tenter de devenir quelqu’un de bien. Evoquer le sujet des néonazis au cinéma était jusqu’à présent surtout l’apanage de films anglo-saxons, c’est donc une première dans le cinéma hexagonal. Une charge terrible et courageuse contre le racisme ordinaire, la haine imbécile et la violence aveugle… Avec une question lancinante : peut-on se sortir d’un tel engrenage ? 

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Le film, qui à l’origine devait s’appeler Colère, met en scène de bout en bout un même personnage que l’on suit sur trente ans et qui, lui, se débarrasse de la haine et de la violence qui le rongent depuis toujours. Les mouvements d’extrême-droite et l’histoire des skinheads, Diastème connaît. Cela fait écho à sa jeunesse, à une époque où il a assisté à des évènements similaires à ceux relatés dans son film. Une des trouvailles du scénario est d’évoquer au moyen de scènes particulièrement édifiantes, les grands moments qui ont jalonné l’histoire de l’extrême droite française depuis trois décennies. Des affrontements sanglants entre punks et skinheads dans les années 1980 aux récentes manifestations de la « manif pour tous » en passant par le défilé meurtrier du 1er mai 1995 où le Marocain Brahim Bouarram se noya après avoir été jeté dans la Seine par des skinheads. Il était évident que ce drame allait créer la polémique et même avant d’avoir été vu, certains criaient déjà au scandale… devinez qui ! C’est violent, sans complaisance, émouvant et dérangeant à la fois.

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Alban Lenoir, pour son premier grand rôle, outre sa performance physique indéniable,  révèle une présence stupéfiante et un talent qu’il va falloir suivre de près. A ses côtés, un remarquable Samuel Jouy, ainsi que l’ensemble d’une distribution épatante et homogène avec Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa, Patrick Pineau, Lucy Debay… Ils sont emportés par une mise en scène nerveuse et percutante, avec une tension qui ne faiblit jamais. Même s’il se défend de faire un film politique, Diastème montre néanmoins son opinion sur l’état de l’extrême-droite actuelle en France et nous rappelle au passage ce que la presse semble trop souvent ignorer : le Front National est un parti qui a du sang sur les mains. Il ajoute : Les présentateurs télé l’oublient, moi, je m’en souviens. Ce parti a été créé par des nazis français, on ne peut pas le traiter comme les autres partis, on ne peut pas occulter cette dimension historique. Aujourd’hui encore, nombre de collaborateurs de Marine Le Pen sont des anciens du GUD…  Edifiant et glaçant !

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