Ex Machina

Et Dieu dans tout cela ?

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Pour sa première réalisation, le britannique Alex Garland a reçu le Prix du Jury au Festival du film fantastique de Gérardmer. Et ce n’est pas usurpé, car ces 108 minutes de science-fiction sont aussi passionnantes  que dérangeantes. Caleb, 24 ans, est programmateur de l’une des plus importantes entreprise d’informatique au monde. Lorsqu’il gagne un concours pour passer une semaine dans un lieu retiré en montagne appartenant à Nathan, le PDG solitaire de son entreprise, il découvre qu’il va en fait devoir participer à une étrange et fascinante expérience dans laquelle il devra interagir avec la première intelligence artificielle au monde qui prend la forme d’un superbe robot féminin. Un film très atypique au sujet de  l’intelligence artificielle, son développement et ses dangers. Des thèmes souvent abordés au cinéma, mais ici totalement renouvelés par le scénario diabolique concocté par le réalisateur lui-même. Pour un premier film… chapeau !

fond-©-Universal-Pictures

L’expression  » Dieu issu de la machine  » est née dans les tragédies grecques : lorsqu’un acteur jouait Dieu, il était mu via une sorte de plate-forme prenant l’aspect d’une machine qui permettait de faire descendre ou monter le comédien. Ainsi, il aidait les autres personnages à résoudre les problèmes rencontrés dans la pièce, pour que la fin de l’histoire soit heureuse. D’ailleurs, on notera que les trois personnages principaux portent des noms faisant directement référence à la Bible,  Ava, Caleb et Nathan. La figure de l’intelligence artificielle est un thème du cinéma qui découle directement de la littérature. Dernièrement, c’est Chappie qui s’attaquait au mythe tout comme Sonny dans I. Robot, ou encore Samantha dans Her, et on n’oubliera pas David dans A.I. Intelligence Artificielle et bien sûr Hal dans 2001: l’Odyssée de l’espace. Ce film glaçant, tourné en Norvège, s’appuie sur le livre d’un roboticien, Murray Shanahan, un spécialiste qui a travaillé sur l’intelligence artificielle dans les années 1980, lorsque la pensée dominante concevait qu’une machine pourrait être programmée pour imiter l’intelligence humaine en utilisant un ensemble de conditions prédéterminées. Mais ici, Garland va beaucoup plus loin, car il met en scène une sorte de triangle amoureux victime d’une fascination mutuelle. Tous les personnages partagent une attirance respective les uns envers les autres. Mais au centre de ce huis-clos/thriller d’anticipation, où la paranoïa règne en maître, s’impose une métaphore plutôt inhabituelle sur le droit d’usage des objets qu’on fabrique. Sulfureux, d’une lenteur calculée, inquiétant et envoûtant… beaucoup d’atouts qui font de ce film une véritable réussite.

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De plus, l’ensemble est servi par une distribution parfaite. Domhnall Gleeson, fragile presqu’enfantin, sait nous faire partager les doutes et les angoisses du Candide manipulé… Mais après tout, qui manipule qui dans cette histoire ? La très belle Alicia Vikander réussit la performance de donner vie à un personnage féminin qui n’est pas une femme mais qui doit néanmoins exister à part entière. Oscar Isaac campe un étrange génie mégalo, aux motivations obscures et à la musculature imposante, un homme brillant mais en proie à la colère. Il est, comme toujours remarquable et s’impose encore une fois comme une des étoiles montantes dans le firmament d’Hollywood.  Quant à Sonoya Mizuno, bien que son rôle soit muet, sa plastique est irréprochable et sa présence évidente. Une réflexion vertigineuse tout en mensonges et manipulations superbement mise en images et baignée des sonorités étranges des musiciens Geoff Barrow et Benjamin Salisbury qui ont composé une palette de morceaux étranges et fascinants. Loin du mythe de Frankenstein, ce thriller nous montre à sa manière l’émancipation inéluctable d’une créature devenue autonome et capable de manipulation pour gagner sa liberté et les dérives qui l’accompagnent. Laissez-vous troubler et envoûter !

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