La loi du marché

Sourde colère

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Après les excellents Quelques heures de Printemps et Mademoiselle Chambon, Stéphane Brizé nous revient avec ce drame social absolument bouleversant dont il est également le scénariste. À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ? Ces 93 minutes ont tout du documentaire sur le parcours du combattant qu’affronte quotidiennement les chômeurs, les endettés, ces laissés pour compte de notre société qui ont encore trop pour recevoir une aide quelconque sinon, parfois la compassion dont il n’ont que faire. Si le propos n’est pas nouveau, le traitement est, lui, totalement original et repose sur les épaules d’un immense acteur : Vincent Lindon.

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Brizé a toujours traité de l’intime mais sans mettre en écho l’homme et son environnement social. L’étape suivante était pour lui d’observer la brutalité des mécanismes et des échanges qui régissent notre monde en confrontant l’humanité d’un individu en situation de précarité à la violence de notre société. Tout ici passe par le regard et la présence de Thierry, le personnage central, le pivot de cette sorte de docu-fiction. La caméra est constamment accrochée à son épaule en nous faisant partager à chaque instant son point de vue (au vrai sens du terme) et ses émotions. Le personnage est écorché vif, révolté, taiseux mais aussi brisé par toutes les épreuves qu’il traverse. Il est constamment contraint à prendre des coups, à encaisser sans rien dire, à faire et accepter ce que son cœur et son âme refusent. Jusqu’où devra-t-il tout accepter pour survivre ?

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Je le répète, Vincent Lindon porte tout le film… il est le film. Sa sobriété fait une nouvelle fois merveille.  Le reste de la distribution est entièrement formé d’acteurs non professionnels avec entre autres : Yves Ory, Karine de Mirbeck, Matthieu Schaller, Xavier Matthieu, et comme tous les véritables employés du supermarché. Aucun acteur (professionnel ou pas) n’a pu lire intégralement le scénario. Chaque jour, les comédiens découvraient les situations qu’ils allaient devoir jouer : une méthode qui avait pour but de jouer sur les émotions brutes. Travail remarquable, film implacable, glaçant, sans aucun pathos, le regard de Brizé est exempt de pitié, mais son constat accablant est empreint de dignité et d’empathie pour ce héros du quotidien. Ai-je déjà dit que Vincent Lindon est énorme ?

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Une réponse à “La loi du marché

  1. Je viens de voir ce film. C’est sublime et que dire de Vincent Lindon sinon qu’il est prodigieux de justesse.
    À voir absolument

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