La maison au toit rouge

Estampe historique

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Yoji Yamada a 83 ans et à en juger par ces 2 heures et 16 minutes de très grand cinéma, il a toujours bon pied, bon œil. Le film est une adaptation du roman éponyme de Kyoko Nakajima. Japon, 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki, rentre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé. Une manière toute de sensibilité et d’intelligence de raconter la grande Histoire en la regardant par le petit bout de la lorgnette. Une complète réussite pour qui aime (c’est mon cas, ça tombe bien) les films lents à la réalisation épurée.

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L’intrigue du film se situe donc juste avant la Seconde Guerre mondiale, période peu exploitée par le cinéma et se construit autour du secret d’une histoire d’amour, et, au-delà de ça, c’est une immersion dans le mode de vie d’un foyer bourgeois pendant toute cette  période s’achevant avec la défaite du Japon, une époque qui a rarement été montrée au cinéma et qui semble résonner avec la direction que le pays est en train de prendre. Cette chronique montre, à travers la vie d’un jeune couple, comment le toit rouge de cette petite maison abrite les menus bonheurs d’une gentille famille. Fragile et fort à la fois, le scénario peint à petites touches subtiles et précises, à travers une succession de flash back savamment distillés sur trois époques, la nostalgie et la culpabilité qui envahissent peu à peu les personnages. C’est fin et gracieux comme une estampe, car l’érotisme à peine suggéré et l’homosexualité sous entendue sont latents mais néanmoins très présents. Quand je vous disais que la subtilité est le maître mot de ce drame…

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Côté interprétation, on est aussi très gâtés. Takako Matsu, formidable actrice tout comme Haru Kuroki, (Ours d’Argent de la Meilleure actrice à Berlin ) survolent ce 136 minutes de beauté et de tension diffuse. Citons également  Katakaro Kataoka, Hidekata Ioshoka et Yatushi Tsumabuki, tous remarquables de justesse et de sobriété. Certains pourront trouver l’ensemble désuet pu trop appliqué. Question de goûts. Personnellement, j’ai été emporté par le charme de ce film sans doute un peu trop long, mais tellement beau et touchant. Tentez cette plongée dans le  Japon traditionnel des années 40, ça vaut le détour.

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