Le Journal d’une femme de chambre

Chronique provinciale et iconoclaste

lea-seydoux-journal

On se souvient de Jean Renoir puis de Luis Buñuel qui, tous les deux, avaient adapté au cinéma le roman sulfureux d’Octave Mirbeau (1900). Cette fois, il s’agit temps l’excellent de l’impeccable Benoît Jacquot, qui, après Les Adieux à la Reine (sans oublier entre temps l’excellent Trois Cœurs), revient au film en costumes avec ce film situé au tout début du XXème siècle, en province. Très courtisée pour sa beauté, Célestine est une jeune femme de chambre nouvellement arrivée de Paris au service de la famille Lanlaire. Repoussant les avances de Monsieur, elle doit également faire face à la très stricte Madame Lanlaire qui régit la maison d’une main de fer. Elle y fait la rencontre de Joseph, l’énigmatique jardinier de la propriété, pour lequel elle éprouve une véritable fascination. Le réalisateur signe ici l’un de ses meilleurs films. Passionnant, prenant et splendide visuellement. Un très grand film !

images

Benoît Jacquot désirait (je le cite) suivre à nouveau un personnage féminin du premier au dernier plan. Cette fois, son scénario est en écho direct avec le climat sociopolitique actuel et lui donnait l’opportunité d’évoquer des questions d’actualité comme l’esclavage salarial, l’antisémitisme ou encore la discrimination sexuelle. Caméra collée à la nuque de son héroïne, il signe une adaptation à la fois fidèle et personnelle du célèbre roman et dresse le fascinant tableau d’une société corsetée, coincée entre rigueur et désir. La beauté formelle de ces 95 minutes accentue encore la brutalité du propos, en particulier l’antisémitisme populaire qui relayait les idées (?) des Georges Boulanger, Edouard Drumont et Maurice Barrès et qui s’est cristallisé au moment de l’affaire Dreyfus, soit à peu près celle où se déroule le film. Je vous le dit, un film d’une actualité brûlante et porté par un casting épatant.

images (1)

Tout cela fait d’elle plus qu’une promesse du cinéma français… Voilà ce que j’écrivais en 2010, après avoir vu Belle Epine, le premier grand rôle de Léa Seydoux. Je me félicite de ne pas m’être trompé, car en cinq ans, elle a fait du chemin la petite Léa devenue grande. Une de nos meilleures comédiennes actuelles avec une palette de jeu et une présence étonnantes. A 30 ans, elle en est à son trentième film (!?!) et elle a déjà tourné avec les plus grands : Woody Allen, Tarentino, Amos Gitaï, Ridley Scott, Wes Anderson… avant de devenir la prochaine James Bond’s girl. C’est la deuxième fois qu’elle tourne avec Benoît Jacquot… elle porte le film et elle est tout simplement formidable. Elle est la femme de chambre de Mirbeau et la raison évidente de voir ce film. Vincent Lindon, taciturne et borné lui donne une magnifique réplique. Tout comme Clotilde Mollet, Hervé Pierre, Mélodie Waalemberg, Vincent Lacoste, (pour une fois dans un rôle tragique), Patrick d’Assumçao, Joséphine Derenne. La belle musique de Bruno Coulais porte également ce très beau film où l’on ne peut que remarquer et applaudir la superbe photographie, les décors et les costumes parfaits. Ne rater pas ce beau moment de cinéma dû à un grand réalisateur et à une actrice étonnante.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s