Amour fou

Voulez-vous mourir avec moi ?

92.535A la phrase clé de ce drame ma réponse est : Oui, mais alors mourir d’ennui ! Il y a effectivement très longtemps que je ne m’étais pas autant ennuyé au cinéma. Oh ! Attention ! Jessica Hausner (Hôtel, Lourdes que j’avais beaucoup appréciés) domine parfaitement son sujet. tout ce que l’on voit ici pendant 96 minutes est parfaitement maîtrisé et assumé. Berlin, à l’époque romantique. Le jeune poète tragique Heinrich souhaite dépasser le côté inéluctable de la mort grâce à l’amour : il tente de convaincre sa cousine Marie, qui lui est proche, de contrer le destin en déterminant ensemble leur suicide, mais Marie, malgré son insistance, reste sceptique. Heinrich est déprimé par le manque de sensibilité de sa cousine, alors qu’Henriette, une jeune épouse qu’Heinrich avait également approchée, semble soudainement tentée par la proposition lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Une « comédie romantique » librement inspirée du suicide du poète Heinrich von Kleist, 1811. Le film est magnifique, mais glacial. pas un instant je n’ai réussi à entrer dans cette histoire baignée d’une distance et d’un ennui élégant mais constant.

AMOUR FOU 07L’idée de s’intéresser à la vie… ou plutôt à la mort d’un des principaux poètes du Sturm und Drang, c’est à dire des débuts du romantisme allemand, était fort originale. L’aspect esthétique est extraordinaire. Pas un plan, pas une scène qui ne soit traitée comme des tableaux visiblement inspirés de Wermeer. Pas de musique, presque pas de mouvements, des cadrages très sophistiqués… le film est d’une froideur que j’ai rarement rencontrée. Pourtant le double suicide est souvent apparenté à un geste éminemment romantique. Or le scénario a tenu à  casser ce constat, en rendant ce geste plus terre à terre et égoïste. Mais on a beaucoup de difficultés à partager quoi que ce soit avec les personnages, leur comportement est absurde et c’est évidemment parfaitement assumé par la réalisatrice tout comme les choix esthétiques dont j’ai parlé plus haut. Un film qui se veut hors du temps… un temps qu’on trouve bien long.

2-139Dans la réalité von Kleist adresse à Henriette les Litanies de la Mort. Puis ils se donnent rendez-vous à Wannsee, près de Potsdam, où ils se donnent la mort ; Kleist tue Henriette, atteinte d’un cancer, puis retourne l’arme contre lui. On peut lire sur sa tombe un vers tiré du Prince de Hombourg : « Nun, o Unsterblichkeit, bist du ganz mein » (Maintenant, ô immortalité, tu es toute à moi !) Les acteurs Birte Schnoeink, Christian Friedel, Stephan Grossmann et les autres se plient à la vision esthétique de Jessica Haussner et leur jeu est pour le moins minimaliste. Tout comme notre plaisir…

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