Les Jours venus

L’autodérision au pouvoir

part-par-par8084601-1-1-0Romain Goupil est entré en fanfare dans le métier de cinéaste/auteur dès 1983 avec une Caméra d’Or à Cannes et le César de la Meilleure première oeuvre pour Mourir à trente ans. Plus de 30 ans après, il reste une sorte d’ovni dans le panorama du cinéma français. Il enthousiasme, il irrite, mais il ne laisse jamais indifférent. Absent depuis 2010 et le très réussi Les Mains en l’air, le voici de retour avec cette comédie dramatique Le jour venu où vos enfants regardent votre passé comme si vous aviez fait Verdun. Le jour venu où une lettre administrative interroge votre âge et votre statut et vous pousse vers la retraite. Le jour venu où votre dernière idée de scénario ne se transforme pas en film. Le jour venu où votre nouvelle banquière vous convoque impérativement. Le jour venu où vous vous souvenez de votre rencontre avec Elle pendant la guerre à Sarajevo. Le jour venu où vous commencez toutes vos phrases par « avant ». Le jour venu où tout votre temps se décompte, les enfants grandissent, vos parents faiblissent. Le jour venu où vous rencontrez une jeune femme qui aime les vieux : les vieux mariés. C’est aussi brillant que déjanté. Moi j’adore ça. On a le droit de détester.

288e5ec8a2dbb04abb34a4e515b2011cf346423bLe film se décompose en plusieurs chapitres, les différents « jours venus » où Romain Goupil, réalisateur et acteur principal, se voit convoquer par sa banquière, interrogé par ses enfants ou encore réalise que sa dernière idée de scénario ne se transformera pas en film. Les Jours venus est en ce sens autobiographique puisqu’il fait référence à la vie quotidienne et au passé militant du réalisateur, ancien trotskyste et leader lycéen durant Mai 68.  D’ailleurs, tous les membres de sa famille jouent ici leurs propres rôles. Cela renforce la dimension autobiographique du film et permet de lui donner davantage d’authenticité. Et c’est ici le grand mot : l’authenticité. Romain Goupil, c’est vous, c’est moi, c’est Monsieur Tout-le Monde. Alors, évidemment, il ne lui arrive pas grand chose d’extraordinaire, tout est banal autour de lui, ça sent le quotidien à plein nez (… et aussi le manque de moyens pour la réalisation) mais on se laisse emporter par le charme et surtout la drôlerie des situations, surtout quand il nous prouve par A + B que Kafka n’est pas mort. Ça pétille et ça sonne juste. C’est du Goupil pur jus.

LES JOURS VENUSBien sûr, Romain Goupil joue (?) son propre rôle avec ce détachement ironique et nostalgique qui fait partie de son personnage. Il est entouré par une belle brochette de comédiens et comédiennes :  Valeria Bruni Tedeschi, Marina Hands, Noémie Lvovsky, Jackie Berroyer tous au diapason de l’univers « goupilien », si vous me pardonnez ce néologisme. Même les vieux potes de toujours, Cohn-Bendit, Amalric, Dépleschin… font une apparition savoureuse pour la toute dernière scène, où Romain Goupil filme son propre enterrement… irrésistible ! 90 minutes de vrai plaisir. Et vous ? Osez Goupil, vous n’en reviendrez pas.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s