Les nuits d’été

Où sont les femmes ?

02Mario Fanfani, pour son premier film, s’est attaqué à un sujet difficile voire scabreux. Il s’en tire avec les honneurs grâce à sa sensibilité et a pudeur. Mais, je n’en ai pas moins pas mal de reproches à faire à ce drame qui sort des sentiers battus. Metz, 1959. Michel, un respectable notaire de province et sa femme Hélène, qui partage son temps entre les œuvres caritatives et l’éducation de leur fils, forment un couple exemplaire. Le tableau serait banal si Michel ne dissimulait un lourd secret : tous les week-end, il s’absente dans sa résidence secondaire, pour devenir Mylène sous le regard de Flavia, travesti expérimenté et ancien camarade de la drôle de guerre. Sous son influence, le lieu devient la Villa Mimi, point de ralliement d’une petite communauté d’hommes qui jouent librement à être des femmes… C’est casse-gueule, mais jamais le ridicule n’atteint ce qui est néanmoins un petit film.

01Le réalisateur a choisi de filmer ses comédiens en 1:37 pour éviter les gros plans et obtenir une certaine douceur dans ses images qui alternent de manière un peu démonstrative les couleurs froides, celles de l’ennui de ce couple petit bourgeois confit dans le carcan provincial, et les teintes chaudes ou acidulées des moments de bonheur au milieu des travestis. Ce drame, tourné en longs  plans-séquences à Strasbourg à Schiltigheim et Wolfisheim en Alsace puis en Lorraine, a été inspiré d’un livre de photographies intitulé Casa Susanna des années 1950 et 1960 sans commentaire, ni légende, illustrant des hommes travestis dans une maison de campagne du New-Jersey. Sur ces photos, les hommes effectuent des activités telles que prendre le thé, faire du jardinage ou jouer au scrabble. La satire sociale serait bienvenue si elle était plus mordante. L’extravagance est souvent trop contenue. Mais ce que je regrette beaucoup c’est de pas avoir tout compris. D’abord certaines scènes parasites dont on ne voit pas l’utilité et surtout les motivations profondes de ce petit notaire de province à vouloir vivre dans un corps étranger à lui-même, ce qui, au demeurant, n’a pas l’air de le rendre si heureux que cela. Il y a chez lui plus de crainte que de joie. Et chez le spectateur plus d’ennui que de plaisir.

V1-0014_00352575__c_24_Mai_ProductionPar contre le casting est admirable avec l’incomparable Guillaume De Tonquédec toujours aussi juste quoi qu’il fasse. Un très grand acteur. Mais Jeanne Balibar est formidable de sobriété nostalgique. Nicolas Bouchaud, Mathieu Spinosi, Serge Bagdassarian, Clément Sibony, Zazie de Paris, Jean-Benoit Mollet, Yannick Choirat, campent à merveille la petite troupe de travestis qui semblent s’amuser plus que les spectateurs. La bande son est d’une grande importance avec la musique de Rodolphe Burger et les reprises des chansons Moi je préfère (rendue célèbre par Jeanne Moreau), Je coûte cher de Boris Vian et Youkali de Kurt Weill. Mais le sommet musical de ces 100 minutes reste incontestablement le playback de Guillaume de Tonquédec sur Le Spectre de la Rose, extrait des Nuits d’été de l’immense Berlioz. Le Festival du Film de Venise a décerné le « Queer Lion » au film,  récompense attribuée au meilleur film à thématique homosexuelle ou queer. Sur un thème très proche, j’ai préféré et de loin, Une nouvelle amie de François Ozon. Et vous ?

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