Charlie’s country

Le chemin de la rédemption

KEY Charlie's Country-0-2000-0-1125-cropLorsque Rolf De Heer a appris que son ami de longue date David Gulpilil a été emprisonné, il fut d’abord soulagé. Sachant Gulpilil dans une très mauvaise passe, la prison était au moins un lieu sûr pour lui. Lorsqu’il lui a rendu visite, De Heer trouva l’homme déprimé et sans vie. Il se souvient : « (…) il y avait une chose qu’il voulait : faire encore un film – avec moi ». Ce sont ces 108 minutes magnifiques qui sont nées de ces retrouvailles. Charlie est un ancien guerrier aborigène. Alors que le gouvernement amplifie son emprise sur le mode de vie traditionnel de sa communauté, Charlie se joue et déjoue des policiers sur son chemin. Perdu entre deux cultures, il décide de retourner vivre dans le bush à la manière des anciens. Mais Charlie prendra un autre chemin, celui de sa propre rédemption. Un drame qui se voudrait biopic, mais qui va bien au delà. Un témoignage fort, réaliste et poignant sur la situation de l’aborigène chassé de son milieu naturel par un pouvoir aveugle qui tente de faire appliquer des lois absurdes et liberticides… un régal !

r0_3_1200_678_w1200_h678_fmaxC’est en partie la vie de Gulpilil qui a inspiré l’histoire. Aucun dialogue n’a été écrit afin de laisser le plus de liberté possible à l’acteur principal (et également scénariste). Ainsi, il s’exprime aussi bien en anglais ou dans sa langue natale le yolngu. Après avoir débuté sa carrière à l’âge de 16 ans, mais il tombe très vite dans l’alcoolisme puis se désintoxique (de nombreuses communautés aborigènes du territoire d’Arnhem ont interdit la vente et la consommation d’alcool) mais est exilé de sa communauté après une dispute et devient un « long grasser« , un sans-abri à Darwin avant de se retrouver en prison. Le tournage a eu lieu à Ramingining et Darwin, sur les terres d’Arnhem, un territoire aborigène d’environ 100 000 kilomètres, situé au nord de l’Australie. A partir des années 1890, le territoire fut régulièrement envahi par les éleveurs blancs, mais les autochtones ne cessèrent de défendre leur terre. Chaque conflit qui a suivi ces incursions fut très lourd pour les aborigènes jusqu’en 1931, lorsque la Terre d’Arnhem fut proclamé Réserve Aborigène. C’est cette lutte permanente entre le pouvoir et les autochtones qui est au centre de cette belle méditation, touchant parfois à la contemplation, qui nourrit ce film hors du commun.

qC4k0YRkjDHfvmAWB5ZkfclIrmWDavid Gulpilil, Prix du Meilleur Acteur à Cannes dans la section « Un Certain Regard », porte le film de bout en bout en jetant un regard clair à la fois mélancolique et narquois sur ce qu’est devenu son pays/continent. Avec lui, Peter Djigirr, Luke Ford, Peter Minygululu, Jennifer Budukpuduk Gaykamangu et les autres contribuent grandement à la qualité de cette comédie dramatique qui nous transporte bien loin de nos préoccupations habituelles tout en nous démontrant que la mondialisation galopante et absurde s’incruste partout et provoquant les mêmes dégâts : l’uniformité et la disparition des différences ethniques et culturelles. Si les autochtones du monde entier voulaient se donnaient la main…

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Une réponse à “Charlie’s country

  1. vu à Cannes; j’ai bien aimé ce film qui a un sens et effectivement très bien interprété

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