Le Temps des aveux

Je ne parlerai qu’à mon ami français

547993En 2011, Rithy Panh a réalisé une longue interview glaçante de Kaing Guek Eav, dit Duch, qui, sous le régime sanglant des Khmers rouges au Cambodge, a dirigé une machine à éliminer les opposants. En juillet 2010, il fut le premier dirigeant khmer à comparaître devant une cour de justice pénale internationale, qui le condamna à 35 ans de prison. Cette fois c’est Régis Wargnier qui revient sur l’histoire de ce personnage hors du commun en adaptant les écrits de François Bizot, le héros de ces 95 minutes. Cambodge, 1971. Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Duch, le jeune chef du camp, de son innocence. Tandis que le français découvre la réalité de l’embrigadement des Khmers rouges, se construit entre le prisonnier et son geôlier un lien indéfinissable… Rithy Panh, déjà cité, a produit ce drame passionnant et lui confère ainsi, une sorte de légitimité historique.

351082Je ne parlerai qu’à mon ami français… C’est la première phrase que Duch prononça lors de son arrestation, ce qui témoigne de l’étrange relation qui s’était installée entre François Bizot et son geôlier durant les quatre mois de captivité. C’est le sujet central auquel s’est attaché Regis Wargnier, vingt-deux ans après Indochine (Oscar du meilleur film étranger, César de la meilleure actrice pour Catherine Deneuve. Tourné en décors naturels au Cambodge (le camp de prisonniers a été recrée en pleine jungle à trois heures de route d’Angkor, sur le site de Koh Ker), le film est parfaitement réussi et touchant, même si les deux parties sont inégales. Je regrette qu’on ne ressente pas le temps qui passe durant les quatre mois de captivité, par contre la seconde partie, la débâcle française et l’évacuation chaotique de l’Ambassade de France est très bien restituée. Mais l’ensemble est tout à fait honorable, dense, puissant, dérangeant et fascinant.

360496Raphaël Personnaz, semble devenir l’acteur incontournable du cinéma français. Après Une nouvelle amie et avant SK1, il est omniprésent sur nos écrans, et ça me paraît justifié car il est encore une fois parfait. Kompheak Phoeung, pour son tout premier rôle est impeccable et tout en ambiguïté. Sachez à son propos qu’il travaille pour la chambre extraordinaire des tribunaux cambodgiens pour les crimes contre l’humanité, qu’il a traduit des milliers de pages de dépositions, et surtout qu’il est, lors des séances au tribunal, le traducteur officiel vers la langue française des propos de Duch. On ajoutera Olivier Gourmet, (sans commentaire) et Thanet Thorn et on obtiendra une distribution digne d’éloge. Regis Wargnier, pour un de ses meilleurs films, nous offre un drame sur ce qui a précédé le génocide khmer à travers le regard d’un occidental, complétant ainsi parfaitement les documentaires de Rithy Panh entièrement centrés sur la figure d’un des plus grands criminels de l’histoire de l’humanité.

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