Timbuktu

Poème contre tous les cauchemars

11_timbuktu_de_abderrahmane_sissako-_c__2014_les_films_du_worso__dune_visionDeux fois primé à Cannes, Prix du Jury œcuménique et Prix François Chalais, ce film franco-mauritanien de Abderrahmane Sissako aurait pu espérer plus que ces accessits dans le palmarès 2014. Car c’est un grand film qui, comme le clame les affiches, fait du bien. Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs… 97 minutes de pur bonheur cinématographique mais surtout d’un immense humanisme qui vous saisit au plus profond de vous même et qui ne vous lâche plus.

2_TIMBUKTU_de_Abderrahmane_Sissako-_c__2014_Les_Films_du_Worso__Dune_Vision_01Le seul long-métrage africain en compétition est une fiction, mais qui s’inspire de faits réels. En juillet 2012, dans la petite ville d’Aguelhok au Mali, un couple d’une trentaine d’années est placé dans deux trous creusés dans le sol en place publique, puis lapidé. Dans ce village contrôlé par des hommes, leur unique faute a été d’avoir eu des enfants hors mariage. Ce n’est pas tout, puisque l’histoire de l’homme qui est racontée dans le film, est inspirée de l’exécution d’un Touareg sur la Place de Tombouctou. Choqué par la lapidation publique de ce couple et l’absence totale de médiatisation la concernant, Abderrahmane Sissako a décidé de faire Timbuktu. « (…) maintenant je le sais, je dois raconter dans l’espoir qu’aucun enfant ne puisse apprendre plus tard que leurs parents peuvent mourir parce qu’ils s’aiment. Le tournage s’est déroulé en partie dans la ville mauritanienne de Oualata, qui est très ressemblante à celle de Tombouctou, où l’équipe n’a pas pu travailler comme il était prévu.  Afin que tout se déroule dans de bonnes conditions, l’équipe technique et les acteurs étaient protégés par l’armée mauritanienne, ainsi que par l’Etat de Mauritanie qui s’est beaucoup impliquée dans cette sécurité. Tout est beau dans ce film, la photographie mais surtout le propos, un appel au courage, à la lutte contre tous les fanatismes. Ça vous submerge, ça fait sourdre toutes nos colères face à la lâcheté, la bêtise et l’ignorance, mais c’est aussi lumineux, plein de grâce, parsemé d’humour,… un hymne à la vie, un chef-d’œuvre.

1400593608_2-1728x800_cLes acteurs, parfois amateurs, sont à la hauteur des ambitions du film et de son réalisateur, avec en tête, Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, ainsi que Fatoumata Diawara, Hichem Yacoubi, Adel Mahmoud Cherif, la petite Layla Walet Mohamed et Kettly Noël… Petite précision à propos de son personnage de Zabou ; il existe dans la réalité. Cette ancienne danseuse du crazy-horse qui exerçait ce métier durant les années 60 est la seule femme qui, au milieu des djihadistes, possède des droits que les autres femmes n’ont pas. Elle s’habille comme dans le film, elle a toujours un coq sur l’épaule et parle très bien français. Quand les djihadistes étaient à Gao, c’était la seule qui pouvait marcher sans se couvrir la tête, la seule qui pouvait chanter, danser, fumer, et leur dire qu’ils étaient « des connards ». Autrement dit : l’interdit est permis quand la personne est folle. On ne peut qu’espérer un accueil enthousiaste du public, mais la carrière de Timbuktu est loin d’être terminée puisqu’il a été sélectionné dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère » pour les Oscars 2015. C’est la première fois que la Mauritanie sera représentée lors de cette célèbre cérémonie. Un des films à voir de toute urgence… vous me remercierez plus tard.

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Une réponse à “Timbuktu

  1. « La bêtise à front de taureau » ( j’ignore d’où vient cet anathème taurine …)
    sur des images d’une totale splendeur , des visages si beaux , des yeux si profonds …..
    Un rythme d’une subtile lenteur pour mieux banaliser cette stupide cruauté qui s’étale doucement comme une une flaque d’huile puante
    Qui gagnera , de la fange ou de l’eau limpide des regards ????
    Les grands gagnants de ce film , en tous cas , sont les acteurs , scénariste et autres metteur en scène , c’est fort , très fort !…..

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