Saint Laurent

Aussi éblouissant qu’ennuyeux

9911400395409Bertrand Bonello, dont j’avais adoré L’Apollonide-souvenir de la maison close, est ici, pour ce drame en forme de biopic, à la fois réalisateur, scénariste, dialoguiste et compositeur… qui dit mieux ?  Il souhaitait, dit-il, privilégier l’aspect visuel, romanesque, viscontien de Saint Laurent, et laisser de côté l’aspect très français du biopic, même si Saint Laurent est aussi une figure très française et que cela a son importance. A la différence du film de Jalil  Lespert, centré sur les excès de Saint Laurent, le biopic de Bonello se focalise sur une décennie de la vie du styliste disparu en 2008. 1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact. Même si Bonello prouve encore une fois, si besoin était, qu’il est un grand cinéaste, je ne suis pas entré un seul instant dans cet écrin sublime mais, pour moi, (et je vais aller sans doute à contre courant de la quasi unanimité de la presse spécialisée) extrêmement ennuyeux. ET mon Dieu que c’est long !

281973L’homme d’affaires et compagnon du couturier décédé, Pierre Bergé, strictement opposé au tournage, aurait tenté d’ empêcher la production de ces trop longues 150 minutes tournées en grande partie dans un hôtel particulier parisien situé Avenue d’Iéna où Bertrand Bonello et son équipe se sont installés pour tourner la majorité des scènes d’intérieur. Il a conçu ces interminables 150 minutes en une structure tripartite parcourant les étapes clés de la vie du personnage :  La première, qui va jusqu’au défilé 1940, juste avant la fameuse photo où Saint Laurent pose nu, nous l’avons appelée « Le Jeune Homme ». La deuxième, de la photo à la fin de l’histoire avec de Bascher, c’est « La Star ». Et la troisième, 1976, «YSL» : Yves devient une marque, il ne sait plus qui il est… C’est là que le contraste est le plus important entre le haut et le bas, car le film (beaucoup trop long) ne montre pas comment Saint Laurent est devenu Saint Laurent, mais ce qui lui en coûte d’être Saint Laurent. Les décors sont somptueux, les costumes (c’est la moindre des choses, très soignés), la BO entre Schubert, Wagner, Puccini (par la Callas), ou Mozart et la musique originale du réalisateur est formidable. Je l’ai dit, l’écrin est parfait, mais c’est le contenu qui me gêne car la mise en scène prend systématiquement le pas sur l’émotion. Comme je n’ai aucune empathie pour le personnage et son incontournable triptyque, sexe/alcool/drogue, tout à partir de là m’ennuie copieusement. Je ne sais plus si je l’ai dit, mais deux heures et demie de descente aux enfers, c’est interminable. Le montage est complaisant et il y a là un manque de rythme que je trouve rédhibitoire. Seuls ressortent le maniérisme et la sophistication outrée de ce drame de la décadence qui tourne inlassablement en rond pendant 150 minutes… ah oui, zut, je me répète.

louis-garrel-dans-saint-laurent-497897_w1000Les quelques heureux moments sont dus essentiellement à Gaspard Ulliel éblouissant et qui, à lui seul, vaut de voir quand même ce film trop long. Jérémie Renier est d’une rare sobriété et semble être le seul personnage qui a la tête sur le épaules… il est reposant. Louis Garrel en rajoute beaucoup. Quant à Léa Seydoux, Amira Casar et Aymeline Valade, elle joue les potiches de charme et de service. Une très belle idée, la présence du grand Helmut Berger, en Saint Laurent âgé. Dommage que Bonello, en remette une couche pour nous prouver son inspiration puisée chez Visconti, en nous montrant l’acteur allemand regardant un extrait des Damnés du maître italien. Le réalisateur n’aurait-il pas tendance à nous prendre pour des truffes ? Décidément, avec deux films sur le même sujet en six mois, on peut dire que le mythe Saint Laurent n’est pas prêt de sombrer dans l’oubli.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s