Brèves de comptoir

L’avenir ? Je préférais celui d’avant !

239248Ils ont drôles, amers, poètes, philosophes, pleins de bon sens, désespérés, parfois stupides, racistes, humains, cabossés par la vie, … ils sont tout cela à la fois et ils fréquentent le même bistro, le Café l’Hirondelle, quelque part dans un quartier populaire de Paris. Et ils parlent, ils parlent, sans cesse et nous font rire aux larmes, nous surprennent, nous révoltent parfois, rêvent d’un monde meilleur… bref ils nous ressemblent. Une journée de la vie du Café L’Hirondelle, sur une petite place de banlieue, en face d’un cimetière. De l’ouverture à 6h30 du matin jusqu’à la fermeture à 22h30, les clients entrent, boivent, parlent, sortent, rerentrent, re-boivent et reparlent de plus belle. Ils composent un drôle d’opéra parlé, une musique tendre et cocasse, un cantique de pensées frappées au coin du plaisir d’être ensemble, un verre de vin blanc à la main. Le génie populaire danse. 100 minutes délirantes de bon sens populaire et de talent à l’état pur de la part des comédiens.

255811Ils ont tous énormes : Chantal Neuwirth, Didier Bénureau, Christian Pereira, Laurent Gamelon, Annie Grégorio, Régis Laspalès, Yolande Moreau, André Dussolier, Valérie Mairesse, François Morel, Bruno Solo,… je ne les citerai pas tous, ils sont 73 comédiens au générique et ils s’en donnent à cœur joie. Ils débitent avec gourmandise, avec délectation les petites et grandes phrases recueillies pendant des dizaines d’années dans nos cafés par Jean-Marie Gourio. J’avais lu en son temps, 1988, le premier volume des Brèves de Comptoir et quelques année plus tard, 1994, Jean-Michel Ribes relevait le défi d’une adaptation au théâtre (la pièce restera à l’affiche durant 5 ans). J’étais très sceptique (et je n’étais pas le seul) et, divine surprise, c’était un excellent moment. Voici la version grand écran.

BREVES_DE_COMPTOIR_8-copyr-Christophe-BrachetEt la magie opère de nouveau, grâce aux comédiens, grâce à la caméra de Jean-Michel Ribes et surtout aux « dialogues », si je puis dire, car tout ce que l’on entend ici a été prononcé à un moment ou à un autre par ces piliers de bistro qui observent notre monde d’un œil souvent trouble mais toujours acerbe et féroce. L’auteur (même si le mot n’est pas exact en l’occurrence) nous livre son secret de « fabrication » : Chaque jour, et aujourd’hui encore, je m’installe au bout d’un zinc. (…) Debout. Les meilleures viennent de gens qui passent leur temps dehors, et viennent se réchauffer. Pour eux – postiers, agents des pompes funèbres, égoutiers, garagistes, ouvriers du bâtiment, éboueurs, chômeurs… – le bistrot est un havre où il fait bon discuter. (…) J’ai mes habitudes dans plusieurs bistrots, selon les horaires et les jours de la semaine. Je commande ma bière, j’attends, j’écoute. De ma place, je vois tout sans être repéré, j’entends plusieurs conversations en même temps. Il faut saisir les brèves et les noter immédiatement, sinon on en perd la formulation qui en fait le sel. Il faut que ça soit volé aussi, buissonnier pour que ça soit joli. (…) Sur tout ce que j’entends quotidiennement, j’en sélectionne environ 3000 par an qui sont des perles… En installant le café dans lequel défilent les personnages en face d’un cimetière, le cinéaste confie avoir inconsciemment voulu rendre hommage à Philippe Khorsand, Roland Blanche, Jacques Villeret et Roland Topor, ses amis aujourd’hui décédés, qu’il accompagnait souvent lors de leurs virées nocturnes. A la bonne vôtre !

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Une réponse à “Brèves de comptoir

  1. Les poètes de l’absurde…
    François-Xavier Lacaze.

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