Le Procès de Viviane Amsalem

Kafka n’est pas mort

le-proces-gett-le-proces-de-viviane-amsalem-25-06-2014-4-gCe film clôt la trilogie entamée par la fratrie Shlomi etRonit Elkabetz avec Prendre femme (2004) et Les Sept jours (2007). Le dénominateur commun de ces trois volets prend le nom de Viviane, une femme luttant pour son émancipation, interprétée par la réalisatrice elle même.  Viviane Amsalem demande le divorce depuis trois ans, et son mari, Elisha, le lui refuse. Or en Israël, seuls les Rabbins peuvent prononcer un mariage et sa dissolution, qui n’est elle-même possible qu’avec le plein consentement du mari. Sa froide obstination, la détermination de Viviane de lutter pour sa liberté, et le rôle ambigu des juges dessinent les contours d’une procédure où le tragique le dispute à l’absurde, où l’on juge de tout, sauf de la requête initiale. Quel film ! Glaçant et hypnotique, ce film est un constat accablant sur la société israélienne où le poids des religieux et la domination masculine ne sont pas là de battre en brèche. On a envie d’en rire de peur que d’en pleurer. 115 minutes à ne rater sous aucun prétexte.

le-proces-de-viviane-amsalem_513234_21268Depuis toujours et encore aujourd’hui, le mariage civil est proscrit en Israël, l’union des deux époux étant intrinsèquement liée au code religieux. De ce fait, lors d’une procédure de divorce, l’époux doit donner son accord pour que la séparation puisse être officialisée. Même si la femme déclare son approbation, tant que le mari n’a pas donné son aval, la procédure ne peut être enclenchée. C’est ici tout l’enjeu de ce huis clos durant lequel on ne peut s’empêcher de penser à une société où Fafka et Ubu règneraient en maîtres. Le réalisateur ajoute : ce film n’est pas seulement l’histoire de Viviane mais il est une métaphore de la condition de ces femmes qui se voient comme « emprisonnées à perpétuité » par la loi. Mon film, par conséquent, représente la condition des femmes à travers le monde, partout où – parce qu’elles sont femmes – elles sont regardées par la loi et par les hommes comme inférieures aux hommes. Si la forme peut paraître austère, (un seul décor quasiment nu, de longs affrontements verbaux, la répétition jusqu’à l’absurde des mêmes scènes), la tension permanente, étouffante et ce cri de révolte ne peuvent laisser indifférent. Dans le film, les personnages parlent hébreu, arabe mais aussi français, trois langues qui s’appliquent chacune à des situations bien précises et manifestent des intentions propres. Par exemple, le français et l’arabe sont utilisés lors de conversations intimes et confidentielles et renvoient à tout ce qui est d’ordre profane. Quant à l’hébreu, la langue majoritairement parlée en Israël, c’est une langue sacrée, on ne doit pas l’utiliser pour des conversations banales, quotidiennes. Ces écarts de langage autorisent selon les réalisateurs, un certain confort et crée une intimité entre les personnes composant la famille. Tout cela est d’une intelligence rare et pas un instant d’ennui ne vient gâcher le plaisir. On ne peut pas… on ne doit pas passer à côté de grand moment.

1280x720-biwRonit Elkabetz(quelle superbe actrice !!!) Menashe Noyet Simon Abkarian, sont impressionnants tous les trois, alternant les sentiments les plus contradictoires avec une virtuosité incroyable. Sasson Gabaï, Eli Gornstein, Rami Danon, Roberto Pollack… complètent cette distribution 100% israélienne d’une qualité exemplaire. J’espère que ce film rencontrera un très vaste public, c’est une pure merveille. En tout cas, trois grands vainqueurs dors et déjà, les Elkabetz qui remportent leur procès haut la main et… le cinéma. Commencez donc votre été cinéphile au tribunal… vous ne le regretterez pas.

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2 réponses à “Le Procès de Viviane Amsalem

  1. Je l’ai vu hier et je suis tout à fait d’accord c’est un film exceptionnel. J’avoue que les cinq premières minutes m’ont un peu désarçonné car je pensais que le film allait se dérouler également en extérieur mais ensuite on est tellement pris par la situation tragico-comique et grotesque à la fois que l’on fait abstraction du décor pour s’intéresser au dialogue, au jeu des acteurs. On a de la chance de vivre dans un pays où l’état et la religion sont séparés. Gaetano

  2. Vu à Cannes, très bon film, très bien interprété, on a de la peine à croire que cela existe, et pourtant si, à la fin du film le réalisateur a répondu aux questions du public et a confirmé que tout cela est bien réalité en Israël

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