Résistance naturelle

In vino veritas

maxresdefaultJonathan Nossiter s’est fait connaître, en 2004, avec son documentaire Mondovino, dans lequel il se promenait sur trois continents  pour nous démontrer que le vin a été un symbole de la civilisation occidentale pendant des millénaires. Or, jamais le combat pour son âme n’a été aussi féroce et qu’ il n’y a jamais eu autant d’argent et de gloire en jeu. Le voici qui revient à la charge dans ces 83 minutes totalement italiennes et centrées sur des petits producteurs de vin bio. Réunis sous le soleil de l’Italie, une poignée de vignerons et un directeur de Cinémathèque partagent leur passion du vin et du cinéma. En quelques années, des agriculteurs libres ont transformé la conception du vin ainsi que son marché en produisant un vin dit « naturel ». Par goût de la liberté, de la transmission, de l’honnêteté artisanale et de la santé de la planète (et de ses habitants), ils sont entrés en résistance. Contre la tyrannie du marché et des gouvernements qui le servent. Stefano Bellotti, le Pasolini des vignes (poète et rebelle !) dans le Piémont et Elena et Anna Pantaleoni, deux générations de femmes Émiliennes, ré-imaginent, souvent avec leur ironie, comment contester. Rejoins par Corrado Dottori dans les Marches et Giovanna Tiezzi en Toscane, ils partent tous à la recherche de la prochaine bataille. Mais un engagement écologique envers la nature ne sert à rien s’il n’y a pas également une écologie de la culture. Comme le vin, la transmission vitale et le rôle contestataire de la culture cinématographique sont menacés de disparition. Jonathan Nossiter nous emmène à la rencontre en Italie de ses quelques résistants, de ces passeurs de vie. Si ce film a d’incontestables qualités, il faut regretter, outre sa durée excessive, pas mal de défauts.

131513Là encore, distinguons le fond et la forme. Si la démonstration est belle, convaincante et d’utilité publique, on peut d’étonner et même s’irriter de la manière utilisée par Nossiter. On nous dit dans le dossier de presse : « Filmé et monté avec les moyens du bord »… et bien croyez moi, ça se voit, ça se voit bien et même trop. D’abord, 83 minutes de caméra à l’épaule, constamment en mouvement, tremblotante – notre réalisateur aurait-il abusé des produits locaux ? – c’est usant. Et on sort de là totalement épuisé car même les plans fixes sont en mouvement. Ensuite, du fait que parmi les témoins nous entendons le directeur de la Cinémathèque de Bologne, justifie sans doute, l’insertion permanente , souvent plaquée artificiellement, d’extraits de films allant de Chaplin à Pasolini dont on ne comprend pas toujours l’utilité sinon que le documentariste a voulu relier la culture et l’écologie, toutes deux en lutte, toute deux menacées par la mondialisation galopante et aveugle qui, au nom du profit, est prête à sacrifier un mode de vie, à oublier son passé. Et c’est là que l’on revient au fond avec ces viticulteurs ayant fait le choix de produire un vin bio, artisanal et naturel, sans pesticides. Ces artisans dénoncent les normes industrielles qui selon leurs dires, représentent un frein à la production de vin de qualité. Ils parlent de vin, ils parlent de la Vie, avec une majuscule. Ces artisans du passé, ces témoins d’aujourd’hui nous parlent de notre futur… Et le moins qu’on puisse en dire c’est qu’il s’annonce moins lumineux que le soleil de Toscane. Leur lutte est salutaire, rien que d’aller voir ce film militant, engagé et forcément partial, est la meilleure manière de la soutenir.149043

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